Humeur : 10 ans de conseil en stratégie de marques et … Y en a marre ! par Denis
Y en a marre de se battre pour défendre la valeur de notre métier !
Chaque devis, chaque budget devient un calvaire.
Plus personne ne veut payer le juste prix.
La suspicion est partout.
Tous les jours, la valeur de la création est bafouée.
D’un côté nous investissons pour attirer et former les meilleurs talents
De l’autre, les clients refusent de payer le prix !
Avant de chercher des remèdes, il faut connaître les causes du mal.
Balayons devant notre porte d’abord ! La cigale et la fourmi, vous connaissez ?
Lorsqu’il faisait bon vivre dans la pub, nos pairs ont chanté tout l’été, sans investir, sans former, en chantant un peu pour les autres, beaucoup pour eux-mêmes. L’intuition, et le talent coulaient à flots continus. Inutile d’en garder la mémoire, la corne d’abondance paraissait inépuisable. Inutile de faire payer le temps passé et le conseil, les médias et les frais techniques sont là : “Personnel merci, c’est mon chapeau qui paye !”
Pendant ce temps-là, les consultants de tout poil, Big Six, experts-comptables, avocats, commissaires aux comptes, notaires, conseils en tout et en rien, faisaient leur provision pour l’hiver et investissaient inlassablement dans des méthodes, des bases de données de “best practices”, des feuilles de temps remplies à la seconde près !
Puis la bise est venue, bien sûr. Nous les intuitifs, les talentueux inspirés, n’avons rien vu venir ! On a pensé que notre chant mélodieux allait prouver notre valeur et apitoyer un client remplacé au changement de saison par un acheteur carapaçonné dans ses grilles, ses benchmarks, et ses objectifs de productivité…
Eux les prudents et les avisés avaient tout prévu. Les grilles préremplies, la mémoire des ordinateurs remplie jusqu’à la gueule, leurs réseaux mondiaux de practice en ordre de marche, leurs signes extérieurs de richesses et d’excellence mise au pavois… Leur valeur ne fait aucun doute. Ils sont perçus comme des leviers de “création de valeurs incontestables”. Ils sont payés bien chers, et bien chers payés. Leur économie va bien.
La nôtre d’économie va mal. Toutes les agences en France rament pour boucler leur fin de mois. Les 360° à la mode cachent une misère économique qui fait se blottir entre eux des métiers à court de ressources !
Et pourtant, le paradoxe est là ! Combien de jeunes recevons-nous chaque mois pour intégrer cette économie artisanale et paupérisée !
Sortis des meilleures écoles de commerce ou des institutions de design les plus prestigieuses, ils se battent pour un stage, un CDD. Les parents (souvent clients) appellent, implorent… Que faire ? L’arche de Noé n’y suffirait pas !
Comment faire quand, dans le même temps, on n’arrive pas à faire respecter la valeur d’une idée, quand les clients refusent catégoriquement de payer les droits d’une création qui sera vue dans le monde entier et contribuera à un succès et à l’augmentation d’un chiffre d’affaires ?
Comment faire lorsque les clients s’appuient sur une concurrence qui, à les entendre, ne fait jamais payer de droits et est “deux fois moins chère”…
Comment faire, quand on nous ressasse à l’envi les abus du passé ?
Comment faire quand un client nous laisse entendre qu’un signe n’a pas vraiment de valeur, alors que dans le même temps, il court les expos à la mode, en quête d’émotions dont il parlera ensuite avec passion.
Entendons-nous, nous ne sommes ni des artistes, ni des créateurs. Nous sommes des créatifs, travaillant sous contrainte et capables d’établir cette jonction entre le sensible et le réel.
Mais chaque fois que nous mobilisons des équipes de talent pour trouver des solutions créatives aux contraintes qui nous sont fixées, à chaque fois que ces solutions sont validées et déployées en France ou dans le monde, nous revendiquons nos droits. Non pas pour “nous en mettre plein les fouilles” comme on l’entend parfois, mais pour faire vivre nos entreprises normalement, pour investir, pour offrir un meilleur service encore.
Nous ne sommes en rien responsables du chant passé des cigales. Au cœur de la crise, nous sommes quelques-uns à être parvenus à créer des entreprises de design et communication à la force de notre énergie, en ayant comme obsession le service de nos clients, l’exigence créative et l’angoisse de la récession.
Il est heureux que l’Association des Agences de Design notamment s’empare de ce sujet vital pour nous tous.
Nous devons rattraper notre retard et faire œuvre de pédagogie pour expliquer que la cession de droits fait partie de notre rémunération légitime. Que la loi prévoit qu’ils couvrent la diffusion, la représentation et la reproduction de la création.
Nous devons rattraper notre retard en affichant les feuilles de temps de tous nos salariés, en faisant œuvre de transparence sur nos coûts et nos revenus.
Nous devons rattraper notre retard en valorisant notre réflexion stratégique, notre création, et nos bases de données.
Il y a du pain sur la planche pour tous les professionnels du signe.
La mondialisation en cours est aussi une mondialisation du design.
Nos clients sont exigeants et nous poussent chaque jour à l’excellence. C’est leur droit.
Revendiquer la valeur de notre métier, de nos créations pour mieux les servir, c’est notre devoir.
Denis Gancel





Bonjour Daniel,
Je te félicite pour ton coup de gueule que j’approuve totalement, tant sur la forme que sur le fond.
Mais tant que vous ne serez pas plus unis entre agences, incapables de prendre et surtout de respecter un certain nombre décision de cette nature, cela ne servira pas à grand chose.
En tout cas, je t’encourage à continuer et à mener avec la profession ce légitime combat….
Bon courage
Amicalement à toi
Amadeo
bonjour,
mais y-a-t-il un avenir dans la com ?
mon fils commence sa carriere et c’est un passionné alors je redemande
un avenir ou ??????
j’ai aimé votre post il est clair mais un peu désenchanté non???+
bonjour,
mais oui il y a un avenir dans la com!!!
simplement c’est un métier qui doit comme les autres se faire respecter
Je le dis souvent aux jeunes, c’est le plus beau métier du monde, il permet de joindre l’économiqque et la création , en étant confronté à des problèmatiques diverses et passionnnantes.
En couragez votre fils et dites lui comme le général: « il faut gagner les sommets, ce sont les endroits les moins encombrés »
bien à vous
denis gancel
Bonjour, moi j’aimerais parler de la différence des salaires entre un jeune commercial et un jeune designer graphique, j’aimerais savoir pourquoi il y a une différence autant importante et ceci dans toutes les agences, alors que c’est un boulot qui ne peux se passer des deux et qui devrais être egaux qu’en pensez-vous.
De plus je remarque qu’il ne devient plus valorisant d’être graphiste, car on en vie pas tres bien ou du moin il est difficile d’en vivre, et ceci est d’autant plus honteux quand on est dans une grande agence.
Que faire car parfois on se dit qu’on ferait mieux de travailer chez notre mon vieux Ronald Mac Donald pour avoir une meilleur paye a la fin du mois et pouvoir payer son loyer, car avec smic sur paris on ne peux plus vivre.
voilà ma grande déception du métier qui hélas est pour moi le meilleur métier du monde et sans qui je ne sais absolument rien faire d’autre.
cordialement.
Bonsoir, c’est vrai qu’il y a un décalage à l’embauche entre les créatifs et les commerciaux. Il n’est pas considérable, mais il existe. Il est culturel et économique. Culturel parce que les métiers de la création sont moins valorisés en France que dans certains autres pays. Un créatif anglais est mieux payé qu’un allemand qui est mieux payé qu’un français qui est mieux payé qu’un espagnol qui est mieux payé qu’un italien qui est beaucoup mieux payé qu’un mauricien… Économique parce que l’offre pour un commercial est plus large que pour un créatif. Un diplomé d’école de commerce peut choisir une orientation large, de la banque à l’industrie, des services à la finance… parce que sa formation le lui permet. Ces orientations là proposent des rémunérations assez importantes à l’embauche. Si une agence de communication et de design (pour prendre un exemple au hasard) veut bénéficier des talents de ces jeunes gens, il lui sera nécessaire de s’aligner sur l’offre de ces secteurs. Les créatifs ont un choix plus restreint et débutent donc sur des grilles légèrement inférieures. Toutefois, ce retard se réduit et s’annule (voire s’inverse) avec le temps et au fil du talent. Les progressions peuvent être significatives pour les jeunes qui savent se rendre indispensable. Ce métier est une chance, un plaisir, une jubillation. Il y a là matière à ne pas désespérer.
Il est un peu facile à mon point de vue de parler du salaire d’un graphiste de l’ile maurice, car cela ne fait que diluer le probleme. Il est évident que nous devrions tous être tres heureux en comparant notre paye à celles des pays du tiers-monde ! Est-ce que cela justifie la différence entre commerciaux et créatifs pour autant? Rien n’est moins sur.
Deuxièmement, justifier la différence de salaire créatif/commercial par la polyvalence professionelle et sectoriale des commerciaux me semble être une position extrêmement délicate à tenir. En effet, si une personne peut travailler un peu n’importe où (comme explicité ci-dessus), cela veut dire qu’elle possède des compétences générales que beaucoup d’autres personnes possèdent également. En revanche, être créatif, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est un talent rare, qui ne s’apprend pas vraiment. Pour moi, ce qui est rare à toujours plus de valeur réele. Et de plus, celui qui connait tous les métiers n’en connait aucun vraiment bien. Le créatif est un spécialiste, il connait son metier. Le commercial est un généraliste, et son sophisme doit lui permettre de parler de tout et de n’importe quoi a à peu près n’importe qui. Cependant, comme on peut le lire sur ce blog, le talent rare des créatifs vaut moins que la tchatche banale des consultants. Ceci est étonnant. Mais partant de votre point de vue, il est désormais très facile de comprendre pourquoi les clients aujourd’hui refusent de payer une bonne création à son juste prix, lorsque même la direction des agences de communication ne se rend pas compte da valeur de ses créatifs
Quand aux « progressions significatives des jeunes talents qui savent se rendre indispensable », l’experience personnelle me prouve qu’en effet leur progression est significative en terme de responsabilités, de pression, de charge de travail, et de marge brute pour l’entreprise, mais en tant que non-commerciaux, leur progression salariale en reste au stade « symbolique ».
Sur la tendance surnaturelle selon laquelle les salaires créatifs dépassent au bout d’un moment les salaires des commerciaux, je demande à quelle source cela fait référence!! En effet un nombre extrêment réduit de créatifs accèdent à la notoriété et l’argent, mais prendre cette exception pour une règle générale a suscité un grand étonnement chez de nombreux confrères lisant votre blog : attention, ce blog est public !
Je pense pour ma part que les créatifs aiment réelement leur métier, et au moins cette dernière phrase me semble assez juste dans le commentaire. Ils l’aiment bien plus que ce que les consultants aiment le leur, et c’est la-dessus que les agences s’appuyent pour les exploiter. Les créatifs aiment tellement leur travail qu’il ne sont pas forcément conscient de leur réelle valeur. En revanche, pour un commercial, le principal épanouissement qu’il trouvera dans son travail va être son salaire. C’est son métier de gérer de l’argent. Le sien en premier. Il va ainsi savoir ce qu’il vaut, marchander, demander plus, faire jouer la concurrence, jouer sur ses propres marges, trouver des astuces, il est au contact de l’argent 12h/24 et au quotidien il mettra tout en oeuvre pour gagner plus. Il est donc compréhensible que les agences ont pour solution de facilité de donner aux commerciaux ce qu’ils mettent tant et tant d’énergie et de ruse à avoir, en le prenant aux créatifs peu regardants.
Je ne dénonce pas un système, mais je ne fait que le décrire. En effet, il serait stupide de lancer une guerre consultants/créatifs. Bien au contraire, ce sont les agences, les directions, les groupes qui devraient rester lucides sur l’importance de chacun au sein de ces entreprises, et il faudrait parfois se dire avec courage qu’être juste et équitable, sans rester à la surface et à la facilité des choses, est un bon moyen pour trouver à la fois l’entente cordiale, la perfomance et la créativité.
Et que l’inéquité, la paresse, le manque d’autorité, et la soumission à une partie de ses équipes entraîne l’injustice, la grogne, et la baisse inéluctable de la qualité du travail fourni.
Je suis conscient que c’est un effort quasi-insurmontable de faire descendre les commerciaux du piédestal sur lequel on les met depuis tant d’années, en leur faisant comprendre que les créatifs sont aussi importants qu’eux dans une agence de communication. Peut-etre faudrait-il leur expliquer d’abord que les formations des créatifs de nos jours incluent une grande partie stratégique, et qu’un créatif est aussi commercial, il sait ce qu’est un positionnement, un problème de communication, une stratégie de com. Certaines agences y parviennent. Pour y avoir travaillé quelque temps, je peux vous garantir que lorsque tout le monde est sur un pied d’égalité, il n’y a plus qu’un seul problème dans l’agence : faire du bon boulot. Les commerciaux s’y sentent obligés de travailler plus, de se surpasser car leur salaire ne les confortent dans aucune certitude. Et ces agences-là sont les plus visibles, les plus créatives, tout simplement les meilleures.
Peut-être que cette note n’est qu’un ramassis de bêtises pour quelqu’un qui refuse de se remettre en question, mais en tant que créatif, j’ai trouvé la réponse donnée à « que faire » sur les salaires des créatifs particulièrement creuse, et c’est pourquoi j’ai tenu à en apporter quelques éclaircissements. Soyons lucides et honnêtes, envers nous-même aussi, et faisons bouger les choses, pour le bien de la Création et du Consulting. Ces deux entités-là ne sont pas David et goliath. Cette vision des choses est tellement désuette et dépassée. Pour qu’une agence fonctionne bien, il faut les comprendre comme le Ying et le Yang, tout simplement.
Cordialement,
Stan//un créa dejà bien sénior qui défend les jeunes qu’on manipule
Ce n’est pas parce que l’on crie fort que l’on a raison. Tant de mépris et d’ostracisme me sidère. Il me semblait que cette querelle qui oppose les créatifs géniaux et incompris exploités aux commerciaux cupides et sans vergogne était d’un autre âge. Vous êtes soit très mal informé sur la réalité de ce métier, soit très mal tombé dans votre parcours professionnel. Et j’ai la conviction que ce type de propos caricaturaux fait le jeu de ceux qui, d’une manière aussi outrancière que la votre, prennent les créatifs pour de furieux irresponsables. Mais comme vous semblez convaincus de détenir les clés d’un modèle idéal, n’hésitez pas à prendre vos risques et à le mettre à l’épreuve. Rendez-vous dans 10 ans.
Gilles d, un créa qui aime les commerciaux qui aiment les créa…
c’est amusant…
Ma réponse qui était en gros :
« Vouloir que tout le monde soit considéré sur un pied d’égalité n’est pas de l’osctracisme, bien au contraire »
a été censurée? Belle preuve d’ouverture d’esprit ! Je ne la retaperai pas en entier, c’est inutile quand on ne veut pas se remettre en question.
bon courage pour les 10 prochaines années…. a tous ! Surtout les créas…
Stanou
Bonjour stanislas
Je suis le responsable éditorial de ce site et je vous confirme qu’aucun commentaire n’a été censuré sur ce blog.
Votre point de vue sur ce billet à été intégralement publié.
Si votre billet avait fait l’objet d’une « modération », je vous aurais adressé un message personnel en vous expliquant la motivation de cette modération.
sincèrement
jerome wallut
Bonsoir, un très bon post, très clair…
Superbe travail