La marque France, enjeu de la Présidentielle ?

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Démondialisation pour les uns, relocalisations pour les autres, le concept de « Marque France » s’invite lentement mais sûrement dans le débat de la Présidentielle.

L’hypothèse d’une récession est perçue par l’opinion comme une débâcle et provoque deux réactions : d’une part, la sévérité du jugement à l’égard des responsables du désastre (cf : dernier baromètre Cevipof) ; et d’autre part la recherche frénétique de pôles de confiance relevant du réflexe de survie.

La “Marque France” émerge au sein de cette deuxième catégorie.

Marquer une origine, c’est revendiquer une production d’origine. « Nos emplettes sont nos emplois » est un slogan ancien que les Français valident plus que jamais. 97% déclarent souhaitable d’acheter des produits français (Observatoire de la marque France W-­‐Viavoice). Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux, producteurs, distributeurs à créer leur propre marquage d’origine pour surfer sur cette vague de patriotisme économique. L’origine n’a jamais eu autant de valeur aux yeux d’un consommateur inquiet pour l’emploi de ses enfants !

Le triste exemple des pays qui n’arrivent pas à proposer des emplois aux jeunes générations leur donne raison : expatriation massive de jeunes, désertification des zones rurales, délinquance urbaine…

Bien des pays du Moyen-­‐Orient et du Maghreb connaissent cette spirale. Ce qui est nouveau, c’est que de plus en plus de pays d’Europe -­‐ l’Espagne, la Grèce, ou l’Italie -­‐ enregistrent de telles migrations mortifères.

Un éditorial du Monde (1) sonne l’alarme : “L’erreur fatale de la désindustrialisation” révèle “le grand déséquilibre structurel qui affecte l’économie mondiale : le Sud épargne (trop) et produit beaucoup, quand le Nord ne produit plus assez et dépense trop”.

La France y apprend douloureusement que sa part d’industrie dans sa valeur ajouté est au même bas niveau que la Grande-­‐Bretagne réputée pour avoir abandonnée son industrie au profit de la finance !

La “Marque France” peut être un levier exceptionnel de redynamisation de notre croissance si l’on prend garde à ce qu’elle marque bien une nouvelle époque et non un néo-­‐pétainisme purulent et rétrograde. Alors le séisme économique de la zone Euro sera une opportunité exceptionnelle pour la reprogrammer : imaginons une “Marque France” co-­‐leader avec l’Allemagne de la première économie du monde, l’Europe, rêvons d’une politique de relance par l’investissement apte à reconstituer un tissu industriel à haute valeur ajoutée, faisons le pari d’un pays qui cesse de dire du mal de lui-­‐même, en finisse avec son pessimisme dévastateur et valorise ses atouts.

La France possède l’un des plus forts gisements d’actifs immatériels. Si nous n’avons pas de pétrole nous avons… des brevets, des marques et un savoir-­‐faire ancestral pour transformer l’idée d’un inventeur en succès mondial.

La mondialisation est une guerre des marques ! Ce n’est pas un hasard si la “Marque France” est la plus contrefaite au monde (300 milliards d’Euros de manque à gagner estimés). La “french touch » dope ainsi les ventes de myriades d’entreprises étrangères et ne créent plus d’emplois en France.

La Présidentielle est l’opportunité de faire de la “Marque France” un moteur économique en tant que tel ! Ouverte et positive, elle saura être l’antidote à la dérision et au pessimisme ambiant. Comme tous les pays à croissance rapide, la France doit reprendre le contrôle de sa marque en se donnant les moyens d’en interdire les usages abusifs et les détournements d’origine. Il est temps d’orchestrer au niveau national, comme le font le Brésil, l’Inde, la Chine ou la Corée du Sud, la promotion d’une véritable marque ombrelle appropriable par tous les secteurs de l’économie.

Les candidats à la Présidentielle auront du mal à nous faire rêver. Pourtant, celui qui sera élu aura su formaliser un idéal. Accessible, tangible, délibérément économique, délibérément orienté vers l’emploi. Au fond, délibérément politique…

C’est en cela que la “Marque France“ est un véritable enjeu de la Présidentielle, une « France Inside » qui, consciente de sa valeur, mobilise les énergies et se met au service de tous, une marque capable de dynamiser le génie des français de ce siècle !

Denis Gancel

Le Monde, 25/11/2011

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