Jean Dujardin : Prix Nobel d’Économie !

ACTUALITES
ACTUALITES

Le succès de The Artist a beaucoup à nous apprendre sur l’économie du XXIe siècle. Le film décrit parfaitement les débuts de l’industrie cinématographique et son système de production « fordiste ». À l’époque de The Artist, la Universal Film Manufacturing Company pouvait produire jusqu’à 250 films par an. Les films étaient même vendus au mètre sans aucun rapport avec la qualité de leur contenu !

20 ans plus tard (1946), l’industrie du cinéma tourne à plein régime. Les grands studios diffusent leur production dans plus de 4 000 salles avec 90 millions d’entrées par semaine !

10 ans plus tard (1956), les recettes chutent de 40 % et la fréquentation du public de 50 % à cause notamment de la télévision.

L’industrie du cinéma décide alors de changer de business model en s’organisant en réseau. C’est à dire : investir sur un nombre limité de productions « les blockbusters », garder la maîtrise des scénarios, externaliser tous les métiers, diffuser les films le plus largement possible. C’était l’invention de l’économie de l’immatériel avant l’heure.

Les sauts de joie de Jean Dujardin sur scène dimanche, à Los Angeles, ressemblaient à ceux d’un gamin insolent qui vient de jouer un bon tour au maître qui lui a tout appris ! Douglas Fairbanks, lui aussi, aurait certainement bien aimé connaître cette économie qui magnifie les talents d’où qu’ils viennent, en leur assurant une diffusion mondiale en quelques clics. L’économie du cinéma donne une belle leçon au monde de l’économie tout entier.

Elle apparaît comme fraternelle, joyeuse, créative en « plein écran » ! N’ayant plus les moyens depuis longtemps d’être rigide, elle s’est construite sur une gestion de production qui assemble au gré des projets les talents le plus divers. Une seule chose semble les réunir : la passion de leur métier et le souci de l’excellence. Leur valeur vaut ce que vaut leur réseau.

Bel exemple à méditer par tous les groupes mondiaux qui espèrent la taille critique et croit encore au « too big to fail » !

On comprend mieux aujourd’hui le titre d’un article du magazine Inc. : « Why Every Business will be like Show Business ».

Jeremy Rifkin ne dit pas autre chose : « Les relations entre prestataires et usagers ressemblent de plus en plus aux relations que les industries culturelles ont forgées avec leur public au cours des années. Nous entrons dans une nouvelle époque du capitalisme, plus cérébral, dont l’objet est l’accès au temps et à l’activité de l’esprit… L’industrie cinématographique est à l’avant-garde d’une ère nouvelle où l’expérience existentielle de chaque consommateur sera transformée en marchandise sous la forme d’une succession continue de moments et d’événements dramaturgiques et de métamorphoses personnelles. »

C’est donc la première fois qu’aux Oscars, un film non anglo-saxon est récompensé avec The Artist. Comme si un heureux événement ne venait jamais seul, pour la première fois aux César, la récompense du meilleur film étranger a été attribuée au film iranien : Une séparation.

Ainsi, Asghar Farhadi, Leila Hatami, Peyman Moadi, réalisateur et acteurs de ce film sublime ; Michel Hazanavicius, Bérénice Béjo et Jean Dujardin, les stars césarisés et oscarisés de The Artist, sont peut-être devenus sans le savoir les ambassadeurs d’une économie réjouissante qui contrarie avec insolence le seul vent que l’ouest avait connu jusqu’alors : le vent dominant.

Voir aussi