L’Oscar. Pour la première fois !

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J’ai adoré The Artist et le talent insolent de Jean Dujardin dans tous les rôles qu’Hazavanacius lui a concocté sur mesure, à sa démesure. Il y a de quoi se réjouir d’une telle fraîcheur et de telles énergies réunies, sans pathos, offrant à la comédie toute la place qu’elle mérite; celles que Chaplin d’un côté de l’Atlantique et Audiard ou Tati de l’autre avaient su proposer il y a quelques décennies. J’ai applaudi des deux mains le sacre annoncé de ce “premier film non anglo-saxon” inscrit au palmarès d’Hollywood.

Mais la folle excitation qui précédât la cérémonie me laissait une légère amertume.

Pour la première fois, un film étranger allait peut-être recevoir la distinction suprême. 100 fois répétée tout au long du weekend, cette prémonition d’une toute première fois sonnait comme la supplique d’un complexe français affrontant l’hyperpuissance hollywoodienne.

Des prix internationaux, le film en avait déjà gagné des dizaines. Mais cette fois, il s’agissait d’autre chose. L’appétit journalistique de gravir pour la première fois, la plus haute marche du podium m’apparaissait comme le désir d’un petit frère de dépasser le grand, au moins une fois, pour enfin avoir grâce à ses yeux. Nous étions, sympathiques provinciaux, à l’échelle de l’histoire du cinéma en passe de remporter une victoire contre le cours du jeu. Un film français meilleur qu’un film américain ! Inouï ! Insensé ! Quelle insolente prétention…

Cette situation subsidiaire, quémandant la reconnaissance de nos pairs, semblait établir une hiérarchie insidieuse des cultures. Elle plaçait paradoxalement la qualité de l’œuvre au second plan. La pole position inédite semblait compter davantage que la qualité du film, chef d’œuvre avant tout. Chemin faisant, tout se passait comme si notre excitation actait d’une suprématie de fait. Tout se passait comme si nous validions une échelle des valeurs, associant ainsi puissance économique et domination culturelle.

Le syndrome de Stockholm s’applique ainsi à nos imaginaires nationaux. Les ravisseurs de nos espaces mentaux, à l’œuvre depuis des décennies via le Made in USA, nous ont puissamment hypnotisés. Nous sommes, dans nos têtes, en seconde division. Et comme lors des coupes de France, nous sommes tout à notre joie quand la finale oppose un club de CFA à l’élite nationale. La Marque USA a placé depuis des années la culture et le cinéma en première ligne de sa conquête des cœurs et des esprits.

Les Oscars ne prêtent qu’aux riches, c’est à dire qu’à eux mêmes. Ils célèbrent un film muet qui leur parle sans remettre en cause leur domination linguistique sans partage. Ils saluent, magnanimes, un hommage sincère à leurs propres talents, volés par effraction, mais avec brio par des génies français dont ils sauront très vite tirer profit. Le prochain film d’Hazavanacius sera co-produit  par… George Clooney. Information à confirmer mais des échos font objet de cette actualité.

Mais comme aurait dit George Valentin : Oh ! Putain ! Génial ! Merci ! Formidable !

Et j’ajoute : Carpe diem ! Et vive toutes les cultures!

Gilles D.

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