Aurions-nous le vin honteux ?

LES POSTS DES BOSS
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Vincent Remy, dans le Télérama du 15 mai, publie un excellent billet sur la vente aux enchères de 10% de la cave de l’Élysée. Il s’agit de troquer Petrus, Yquem ou Romanée-Conti contre des “vins modestes” !

Où va donc se nicher notre légendaire humilité nationale ? L’article, citant Jacques Dupont, rappelle que les vins de France représentent la seconde rentrée de devises, juste derrière l’aéronautique. Ajoutons que ce sont près de 600 000 personnes qui sont concernées par la filière vitivinicole, soit un chiffre équivalent aux emplois des constructeurs et des équipementiers de l’industrie automobile. Celle du luxe arrive en troisième position des exportations.

Il s’agit de verser l’excédent des recettes au budget de l’État… Certes, il n’y a pas de petites économies. Mais l’excédent de 10% des ventes d’une cave, fût-elle élyséenne, remplira à peine un dé à coudre rapporté aux jéroboams des dépenses du Palais.

Le symbole, lui, est discutable. C’est la fausse bonne idée de fin de repas. Entre la poire et le fromage, on en vient à s’enflammer pour une idée qui ne vaut pas un coup de cidre : Donnons l’exemple en confondons l’exercice d’une présidence normale à l’ascèse d’une libation modeste !

En bon père de famille et en gestionnaire avisé, quitte à modifier le faste et l’emphase des dépenses officielles, il y a bien plus à faire pour revoir à la baisse des habitudes dispendieuses. Comme François (pas le Président, le Pape), cultivons l’extrême simplicité. Halte à l’indécence d’un prestige ostensible ! On préfèrera Moulinsart (et une tente Jaulin dans son parc) à Versailles et sa pompe pour réunir le Congrès. Au placard, les costumes ministériels sur-mesure, l’État passera un contrat avec magasin d’usine bien achalandé et c’est Dacia ou Autolib’, nouveaux acteurs d’une économie maline qui les transporteront.

Quant aux cadeaux offerts à nos prestigieux visiteurs étrangers, nous adopterons la même retenue. Il existe de jolies écharpes pur coton tout aussi confortables que la soie prétentieuse d’un foulard Hermès.

Il restera au président à quitter les ors de son Palais pour un plateau technique tellement plus fonctionnel (Là, sans rire, comme le suggère mon associé, il y a matière à réfléchir…).

La France dispose du plus grand capital immatériel du monde. La gastronomie et les arts de la table en font naturellement partie. C’est une richesse, un atout, un motif de fierté nationale, d’estime de soi et de compétitivité. Pas inutile en cette période de petit moral des français. Entre excès et contrition, il y a une mesure qu’un Président équilibré doit établir. Attribuons à des conseillers trop zélés, trop rationnels – ou ivres – cette curieuse initiative.

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